A la rencontre des éditions Antidata

Chers DraftQuesters,

Je vous ai parlé de l’auto-édition comme voie possible pour diffuser vos textes – je passe aujourd’hui à l’autre voie, plus classique, l’édition. Trouver un éditeur n’est pas chose aisée, mais cet exercice est rendu plus facile si (1) vos textes sont très bons et (2) si le travail d’éditeur ne vous est pas complètement inconnu. Pour ce qui est d’écrire de très bons textes: à vous de jouer.

Pour ce qui est de comprendre ce qu’est le travail d’un éditeur (ou d’une éditrice), je vous propose de partir à la rencontre de maisons d’édition dont le travail, mû par le sens de l’artisanat, un goût sûr, et une exigence soutenue, peut vous apprendre beaucoup. Nous commençons par les éditions Antidata, qui ont accepté de répondre à quelques questions!

A bientôt,

David

 

David Meulemans : Bonjour ! Qu’est-ce qu’Antidata?

Olivier Salaün : Antidata est une maison d’édition qui publie des nouvelles et d’autres textes courts (lettres, dialogues), parfois illustrés, depuis 2004, au rythme de 3 ou 4 recueils par an.

Gilles Marchand : L’idée est de publier un recueil collectif par an et d’avoir toujours en préparation un ou deux recueils avec un seul auteur. En plus de cela, il y a toujours un projet sur lequel nous ne comptions pas et qui nous séduit.

 

toulon

[Gilles à gauche, Olivier à droite]

 

 

DM : Pourquoi privilégier la nouvelle?

OS : D’abord parce qu’on aime ça, la nouvelle ! Une forme légère qui peut se révéler foudroyante ! Et puis aussi parce qu’on se sent plus utile à publier des nouvelles, genre un peu négligé, que des romans, genre proliférant. Et se savoir utile, même dans une modeste mesure, ça compte quand même. Vue la masse effrayante de livres qui se publie à longueur d’années, si on éditait des romans, je pense qu’on aurait encore plus souvent des doutes sur notre rôle là-dedans, sur ce qu’on apporte.

GM : C’est un format qui nous permet aussi de découvrir de jeunes auteurs. Il y a souvent, dans ce que nous recevons, une certaine  » fraicheur », des auteurs qui donnent tout sans chercher à calculer. L’aspect plus contraignant pour nous, c’est que tout le monde a l’impression de pouvoir écrire une nouvelle : « c’est court donc ça se tente ». Nous recevons énormément de textes.

 

jusquici

 

DM : Quand on lit vos textes, il s’en dégage quelque chose quelque chose d’urbain, de rock n’roll, noir mais pas trop. Défendez-vous une esthétique particulière? Comment la définir?

OS : Nous n’avons pas de ligne définie. Ou alors c’est complètement involontaire. Certains parmi nous ont conservé le goût du style dix-neuvième siècle, d’autres sont plus modernes, certains sont assez versés dans le polar et la littérature noire, d’autres beaucoup moins. On peut donc être touchés par des registres et des styles très différents, et puis on rechigne à se caler dans une ornière, quelle qu’elle soit. Dans les recueils collectifs, on aime quand ça part dans tous les sens ! Il faut juste que ce soit bon. Personnel. Et court. Mais évidemment, on est forcément influencé malgré nous dans nos choix par ce qu’on est, c’est-à-dire des petits urbains policés épris de rock sauvage.

GM : Il suffit par exemple de comparer Le Théâtre des choses de Bertand Redonnet et Noche Triste de Stéphane Monnot. Dans les recueils collectifs, il y a également de grandes différents de style ou de ton, ce qui nous pousse d’ailleurs à être vigilant quant à l’ordre des nouvelles au sommaire. Olivier et moi ne lisons pas nécessairement les mêmes choses, mais c’est vrai que nos goûts communs, notamment en musique, nous poussent inconsciemment à donner une certaine couleur à ce que nous publions.

 

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DM : Comment travaillez-vous avez les auteurs? Est-ce que vous les sollicitez? Est-ce que vous réécrivez avec eux? Est-ce que certains textes vous arrivent déjà parfaits?

GM : Il n’y a bien entendu pas de règle. Nous aimons découvrir de nouveaux auteurs, de nouvelles plumes. Nous connaissons très rarement les auteurs des textes que nous recevons. Et les nouvelles sont rarement parfaites : il nous arrive d’être séduits par un ton, un style, quelque chose qui nous touche… mais que la nouvelle ne soit pas aboutie. Dans ces cas-là, nous ne réécrivons jamais mais nous donnons à l’auteur des conseils (refaire une introduction, procéder à des coupes, étoffer un passage ou un personnage…). Il n’y a pas de style « antidata » : nous voulons faire en sorte que nos conseils améliorent un texte précis sans pour autant le couler dans un moule. Mais il y a des exceptions. Par exemple, nous allons publier une nouvelle d’Olivier Bordaçarre qui a déjà été publiée (en livre d’artiste aux éditions La Diseuse) : un vrai luxe pour nous ! Nous sollicitions assez rarement des auteurs, mais pour nos recueils collectifs, nous apprécions d’avoir un ou deux écrivains que nous aimons qui participent à l’aventure. Dans ce cas-là, le travail est assez différent dans la mesure où ils maîtrisent le format, ils sont plus aguerris. ça a été le cas, par exemple avec Tatiana Arfel, Cécile Coulon, Sébastien Gendron ou Eric Pessan.

OS : Il y a quand même quelques auteurs que nous connaissons très bien, ce sont tout ceux que nous suivons et continuons à publier après les avoir mis au sommaire d’un recueil une première fois. Ils forment un noyau auquel nous tâchons de rester fidèle, tout en recherchant constamment de nouvelles têtes !

GM : C’est d’ailleurs comme ça que nous nous sommes connus, Olivier et moi. J’avais participé à l’appel à textes pour CapharnaHome et nous avions enchaîné avec Dans l’attente d’une réponse favorable. Par la suite, Olivier m’a demandé de lui donner un coup de main… et aujourd’hui nous travaillons à deux sur les différents projets d’Antidata.

DM : Merci!    

 

 

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