Notes sur le concours fanfiction de Folio SF (partie 1/2)

DAMASIO 25

Chers draftquesters,

Folio SF fête ses 15 ans et pour cette occasion lance un concours de fanfiction autour de la Horde du Contrevent d’Alain Damasio.

Les détails sont ici. 

Je participe à ce concours en amateur. C’est l’occasion de relire ce roman. Le relire, mais avec un œil d’artisan, et non simplement l’ œil du lecteur. Voici mes premières remarques, dans l’espoir que cela aide d’autres hordiers à avancer contre le vent! Si vous voulez suivre mes avancées, rendez-vous sur mon blog personnel.

Hashtags: #windquest et #damasiofanfiction

A bientôt,

David

 

1/ Le roman est paginé en ordre inversé, de la page 701 à la première page. C’est un fond forme: les personnages sont engagés dans une quête vers l’origine et la forme matérielle du roman reproduit cela. Imiter cette forme n’est pas possible. Par contre, imiter cette idée, de choisir une forme qui reflète l’histoire est une contrainte intéressante. A voir.

2/ Le roman est au présent. C’est un choix inhabituel. Plus exactement: nombre de romans écrits emploient ce temps. Mais la plupart des romans publiés l’évitent. Pourtant, cet usage, ici, fonctionne. Hypothèse: c’est lié à deux choses – l’ouverture sur une scène d’action, qui montre à la fois le sujet et les personnages – et le côté polyphonique du récit, suite de monologues. Faut-il garder le présent? Seulement si cela fait sens. A voir, donc.

3/ Le roman est polyphonique. Là encore, cela reflète la forme. Mais est-ce absolument nécessaire? Je veux dire, c’est clairement nécessaire dans La Horde du Contrevent, mais est-ce nécessaire dans une fanfiction située dans cette univers? A voir.

4/ Concrètement, il faudrait que la forme reflète le fond. Or, en raison de leur brièveté, les fanfictions de ce concours ne peuvent avoir exactement le même fond que le roman initial. Une piste: le meilleur hommage à La Horde… serait peut-être de relever un seul élément de ce monde, de construire à partir de lui, puis de trouver une forme qui reflète ce fond.

5/ Quels sont les éléments importants de ce monde? La horde? Le vent? A voir.

6/ Une piste, pour écrire une fanfiction de vingt pages, serait d’imaginer une histoire secondaire d’un des personnages (une back story?) qui se passerait soit avant, soit après, soit même pendant le récit. A voir.

7/ Cet exercice d’écriture a cet avantage d’inciter à apprendre en regardant un maître, pour ainsi dire. Nous ne sommes pas loin du “retroengineering”.

8/ L’ouverture du roman se fait sur une scène qui montre les héros ensemble en action. Le héros est un groupe. On le montre tel qu’il fonctionne. C’est la “situation normale”.

9/ S’il fallait décrire ce roman selon les étapes de Blake Snyder, quelles seraient les étapes? Pas sûr que cet exercice aide sur la fanfiction – sauf à considérer que l’univers de la Horde est un univers avec des types d’histoire. A voir.

10/ Un univers c’est des mots, un lexique. Blast, schnee, charcler, groin, burons, furvent, etc. Certains inventés, d’autres non.

11/ En fait, dans LA HORDE, la question de la forme est omniprésente: forme du livre, forme des paragraphes (qui sont des monologues entrelacés) et forme des mots, qui sont des expressions des personnages (on sait ce qu’ils sont pas les mots qu’ils emploient). Récit, page, mot: ces trois niveaux formels sont articulés les uns avec les autres. Le récit est une odyssée collective, le collectif se donne à voir dans l’entrelacement des monologues, et les fonctions des personnages apparaissent dans leurs choix de mots. Idéalement, il faudrait peut-être qu’une nouvelle en hommage à la LA HORDE soit du même genre: choix de la forme de la nouvelle, choix d’un dispositif narratif, choix d’un lexique. Et que ces trois niveaux s’articulent entre eux. Et soient l’expression du sujet. Le sujet de la HORDE, c’est le vent – or, le vent ne se perçoit qu’à travers ses effets sur les choses et les personnes. Et, à un niveau théorique, cela devient la métaphore de l’écriture, comme une marche vers la simplicité, de la confusion du drame vers la simplicité du lyrisme. Ce qui tombe bien, car le personnage le plus stratégique du récit est le scribe.

12/ Maintenant, que faire de tout cela?

13/ Un des grands bénéfices de cet exercice de fanfiction, c’est d’être une occasion d’apprendre sur l’écriture, en faisant un aller retour entre la relecture du texte initial, et l’écriture d’un nouveau texte inspiré de celui-ci. On observe le maître. On essaye de voir comment il fait. On essaye de reproduire des dispositifs, en plus petit.

14/ Par contre, une difficulté est que l’analyse trop poussée d’une oeuvre est une bonne source de procrastination: soit qu’elle nous fasse développer une admiration béate qui est paralysante, soit qu’elle nous amène à croire qu’on puisse calculer intégralement une oeuvre, en la pensant, et non en l’écrivant – en oubliant que, parfois, il faut se lancer!

15/ Une des caractéristiques des fanfictions, c’est qu’elles sont souvent “pauvres en style”. Les univers qui les inspirent sont souvent des univers très riches, mais dont l’intérêt ne repose pas sur le style de l’auteur. La difficulté et l’intérêt de la “Horde du Contrevent” est que c’est un monde avec une langue. Ce n’est pas nécessairement un obstacle, mais au contraire un appui possible, un moyen d’écrire en s’imprégnant, pour ainsi dire, de la petite musique de ce roman. Lire cinq pages de LA HORDE, écrire sa page de fanfiction, lire cinq pages, en lire une, etc.

16/ Idées pou une fanfiction dans l’univers de LA HORDE…

  • Une horde qui meurt dans un accident;
  • La formation d’un des personnages;
  • Le vent s’arrête de souffler, c’est l’anarchie;
  • Un aventurier décide d’aller vers l’extrême aval;
  • Un procès: il affirme que les hordes doivent être supprimées;
  • Conflit grave dans une horde: des hordiers ne veulent plus avancer et veulent goûter une vie paisible;
  • Le monde de la Horde, mille ans plus tard, avec les débuts de la conquête spatiale;
  • Le Titanic dans le monde de la horde: un vaisseau s’abîme;

Concrètement, il serait aussi possible de considérer que tout type d’histoire est possible dans le monde de la Horde. Demain, nous verrons comment placer des récits archétypiques dans ce monde.

17/ Il s’est passé quelques jours entre l’épisode précédent et celui-ci: je ne suis pas un bon traceur! Je me sens plus comme un scribe. D’ailleurs, un bon conseil pour les écrivains en herbe: tenez un journal de la création. Un journal où, quotidiennement, vous consignez vos progrès. Cela a deux bénéfices. D’une part, vous donner la régularité qui permet d’entreprendre les plus grandes aventures. D’autre part, vous incitez à réfléchir sur votre travail en faisant saillir ce qui est le plus important, le plus caractéristique chez lui.

18/ Ainsi, pour moi, en ce jour, je peux consigner: “après une semaine sans travailler à ma fanfiction, je m’y remets!”

19/ Il ne reste plus que deux semaines pour ce concours. C’est court, et certains dans le pack se plaignent. Toutefois, je me souviens combien, quand nous étions au collège, il nous semblait aisé, en une heure ou deux, d’écrire quelque chose. Nous avons perdu ce fantastique esprit d’enfance, ce sens du jeu et cette absence de peur. Et pourtant, notre capacité à écrire, et à bien écrire, s’est affinée avec le temps. Notre imaginaire de l’écriture nous paralyse plus qu’il ne nous aide. Nous croyons l’épreuve insurmontable. Il suffit pourtant d’y consacrer une journée. Courage, les hordeurs. Beaucoup de classiques de la littérature ont été écrits en trois semaines!

20/ Jusqu’à présent, je me rends compte qu’il est un genre de fanfiction auquel je n’ai pas pensé: la parodie. En effet, les fanfictions sont souvent des exercices d’admiration. Et ce sont des textes exempts d’ironie ou d’humour. Pourtant, la parodie est une forme d’hommage. – relisant LA HORDE DU CONTREVENT, je me suis souvenu d’une vieille estampe japonaise, vue dans un livre d’art, où l’on voyait des dieux, ou créatures magiques, péter. Ils pétaient, pétaient, pétaient. Et l’estampe géante était recouverte de nuages et de vents. Une parodie de la LA HORDE pourrait être la découverte horrifiée que le vent qui balaie le monde n’est que le pet d’un dieu. Je ne sais pas comment l’auteur prendrait cela. Mais je trouve cela assez drôle – à mi-chemin de Miyazaki et des Nuls!

21/ Souvent, on nous dit: écrivez sur ce que vous connaissez. Donc, on écrit sur la vie de tous les jours, et l’on fuit les littératures de l’imaginaire. Pourtant, curieusement, ce que nous écrivons finit par sonner faux. Et, à l’inverse, les littératures de l’imaginaire sonnent plus juste: car ce que nous connaissons, où ce que, parfois, nous apprenons en écrivant, c’est ce qui est réellement réel – pas la surface du monde, mais son moteur.

22/ Les littératures de l’imaginaire sont souvent des littératures du “coup en douce”: on croît qu’elles n’ont d’autres fonction que de nous divertir, en nous emmenant loin de notre monde quotidien, mais, en fait, elles nous ramènent à ce monde quotidien avec plus de force car, usant du voile de l’imaginaire, elles nous cachent leur réalisme moral et dramatique.

23/ Finalement, une fanfiction peut être plus qu’un simple moyen de rendre hommage à ce qui apparaît, en surface, d’un monde, à son apparat – mais une vraie histoire, un vrai drame.

24/ Les écrivains en herbe ont parfois l’impression qu’il faut beaucoup de temps pour écrire… Et certains m’ont écrit pour m’indiquer que douze jours pour écrire une nouvelle, c’était vraiment trop peu. Et pourtant, de nombreux chefs-d’oeuvres de la littérature ont été écrit en deux ou trois semaines. Et Bradbury, lui-même, conseillait, pour apprendre à écrire, de s’astreindre à écrire une nouvelle par jour! – cela étant, quand on ne sait pas par où attaquer son texte, l’exercice est difficile. Alors voici trois petites techniques.

25/ Le What if? Le What If consiste à lire quelques pages d’un texte, et à s’imaginer une réalité alternative où, dans l’histoire que l’on vient de lire, quelque chose changerait. Ce changement peut être superficiel ou fondamental, mais c’est comme un coin que l’on enfonce dans la fiction initiale, qui change tout. Par exemple: et si Golgoth était une femme? Et si le combat lors de lépisode du bateau Fréole avait fini par une défaite pour la Horde?

26/ L’imprégnation. Chaque texte a sa petite musique. Certains écrivains en herbe sont très forts pour suivre, à l’oreille, un texte. Lisez quelques pages de l’oeuvre initiale… fermez le volume, et continuez, seulement à l’oreille, en imitant la voix du récit, dont vous vous êtes imprégné.

28/ Le contresens créatif. Un sujet de discussion intéressant est: pour faire de la fanfiction, faut-il être fan? Je n’en suis pas sûr (même si c’est paradoxal!). On peut penser que la fiction initiale a un fort potentiel, mais qui n’est pas pleinement réalisé par l’auteur. On peut vouloir émanciper l’univers de son auteur initial. On peut vouloir le parfaire. On peut juste feuilleter, survoler, l’univers initial, et partir en figure libre, s’émanciper de ce projet initial. Faire des contresens créatifs!

29/ Pour ceux qui veulent discuter de cette aventure, rendez-vous sur le groupe Facebook du MOOC DraftQuest!

30/ Et puisque que nous sommes en train de rédiger, chacun et chacune, une nouvelle de fantasy, voici une conférence très intéressante qui a eu lieu ce week-end aux Imaginales!

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