Rencontre avec l’écrivain Leandro Ávalos Blacha

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Chers DraftQuesters!

En France, les ateliers d’écriture ont mauvaise presse. Et souvent, leur objet n’est pas de permettre à leurs participants d’écrire, mais de s’exprimer.

J’ai eu la chance de pouvoir interroger, lors du Salon du Livre de Paris, l’écrivain argentin Leandro Avalos Blacha dont les deux premiers romans ont été publiés aux Editions Asphalte.

Blacha a participé pendant huit ans à un atelier d’écriture. Il a accepté de nous en parler, en français. Il peint de cet atelier une image merveilleuse et enthousiaste.

Merci à lui, et merci à ses éditrices, Claire Duvivier et Estelle Durand, qui ont organisé cette rencontre, et qui, surtout, ont permis aux deux premiers romans de Blacha d’être traduits et aimés en France!

Je vous recommande très vivement la lecture de Berazachussetts et Côté cour, deux grands romans, plein de vie, de folie et de maîtrise !

A bientôt,

David

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David Meulemans : Bonjour Leandro. Tu as participé à un atelier d’écriture en Argentine. Est-ce que tu peux nous en parler ?

Leandro Avalos Blacha : J’ai participé à un atelier animé par un auteur argentin, Laiseca, qui n’est pas très connu, peut-être pas très lu, mais qui a une œuvre très importante, très très importante – il a été lu beaucoup par les autres écrivains. Il y a des écrivains argentins très importants qui parlent de Laiseca comme d’une référence. Oui, il y a beaucoup d’écrivains qui aiment Laiseca, mais la critique universitaire n’a pas encore reconnu son oeuvre. Il est peu traduit – je pense que la traduction en français publiée par le Nouvel Attila, Aventures d’un romancier atonal est la première traduction de Laiseca. L’atelier d’écriture, c’était lui. Je suis allé avec lui, j’ai dîné avec lui pendant huit, neuf années.

DM : Comment se déroulait cet atelier d’écriture ? Combien de fois ? Une fois par mois ? Une fois par semaine ?

LAB : C’était une fois par semaine, entre deux heures et deux heures et demie. A chaque cours, nous étions entre cinq, six, sept personnes, pas plus de sept personnes, et en général, d’abord, Laiseca vous donnait une idée chaque semaine sur laquelle nous devions écrire pour la semaine suivante, mais c’était simplement un prétexte, c’était une idée initiale, et nous pouvions travailler avec une liberté absolue, nous pouvions écrire une nouvelle, un essai, un poème… C’était très libre, même si tu voulais écrire sur quelque chose de très différent, l’idée principale était de prendre l’habitude de l’écriture, du moins dans un premier temps, que chaque semaine tu sois obligé d’écrire quelque chose de neuf.

DM : D’accord.

LAB : Dans la classe, nous commencions en silence et dès que nous avions écrit, après nous parlions ensemble pour discuter de ce que nous avions écouté. Parfois Laiseca nous lisait quelques textes des écrivains qu’il aimait pour partager avec nous et après il nous donnait ses impressions sur les textes. Mais Laiseca était une sorte de maître zen, comme un Japonais, parce qu’il ne travaillait pas de manière très proche avec le texte, il ne faisait pas de révisions, de corrections sur la manière avec laquelle ils écrivaient, sur quelques phrases, sur quelques mots… C’était un travail plus général. Il pouvait peut-être se passer deux ou trois semaines sans aucune critique très profonde du texte, mais soudain il vous disait quelque chose de très important, et justement la chose que vous avez besoin d’écouter pour trouver comment vous devez travailler ce roman, ce texte. Alors, c’était une manière plus libre de travail, c’est la raison pour laquelle il y a beaucoup de gens qui étaient très contents de cette méthode, mais pour ceux qui recherchaient un travail plus lié au texte, plus profond dans le texte même, c’était un peu décevant. Moi, je trouvais cela magnifique : j’ai continué et j’ai écrit.

DM : Tu écris beaucoup ? Est-ce que tu écris quotidiennement ou une fois par semaine ? Est-ce que tu peux rester longtemps sans écrire ?

LAB : J’essaye d’écrire … J’aimerais dire que j’écris tous les jours mais ce n’est pas possible. Je ne travaille pas que comme écrivain, mais aussi comme journaliste, et dans une maison d’édition. Ce sont d’autres choses que j’aime beaucoup, que j’ai aussi besoin de faire. Mais pour moi, c’est un équilibre entre différentes activités. Si je finis un roman par exemple, après j’ai besoin d’avoir une distance avec le texte. Je pense que tu ne peux pas continuer à écrire tout le temps, tu dois avoir une distance avec l’écriture pour après la corriger. Je pense aussi que l’autre activité nécessaire pour écrire, c’est la lecture, mais si je n’ai pas le temps pour écrire, au moins je me sens bien si je peux lire quelque chose que j’aime, si je peux m’adonner un peu à la lecture.

DM : En-dehors de l’atelier d’écriture, est-ce que tu as lu des livres sur l’écriture ?

LAB : Heu…

DM : Tu peux dire non ! (rires)

LAB : Dans l’atelier même, les livres qu’en général Laiseca aimait beaucoup, ceux sur lesquels il parlait beaucoup aussi, c’était ceux de Stephen King, notamment son livre sur l’écriture.

DM : On writing.

LAB : Oui. Je me rappelle que dans l’atelier, nous avons lu en partie ce livre. Après j’aime beaucoup les journaux d’écrivains, les cours de Roland Barthes sur l’écriture… Ce sont des cours que Roland Barthes a donnés, et il y a un cours spécial sur sa relation avec l’écriture, c’est très intéressant. Mais dans l’atelier même, souvent le livre était de Stephen King.

DM : Dans tes romans, on a l’impression que c’est très cinématographique. Est-ce que tu penses que tes romans sont cinématographiques ?

LAB : Oui, en général on me le dit. Je pense que c’est possible parce que pour moi le cinéma ou une chose plus graphique comme la bande dessinée a été aussi importante que la littérature. Ce que je lisais est aussi important que les films que j’ai vus et que j’ai aimés. L’origine de Berazachussetts, c’était le film Return of the living dead, alors je pense qu’il y a toujours une liaison entre la littérature et le cinéma.

DM : Et Côté cour, est-ce qu’il y a une référence cinématographique derrière Côté cour ?

LAB : Moi, quand je l’ai écrit, je n’avais pas conscience de l’univers d’un film, je pensais plus à quelques livres, la structure de ces romans, quelques livres comme les Chroniques martiennes de Bradbury, ou ces livres qui sont comme des nouvelles et en même temps qui sont des romans. Je voulais écrire des nouvelles qui soient proches l’une de l’autre, qui partagent un univers commun, présenter dans chacune un monde différent, avec une histoire qui a des points communs, mais aussi un peu indépendants. C’était plus présent peut-être le film pour Berazachussetts parce ce qu’au moment où je l’ai écrit, la présence des zombies était plus habituelle au cinéma que la littérature et en Argentine où ce n’est pas très populaire ces phénomènes de littérature zombie ou Walking Dead, alors je pense que l’influence principale était le cinéma.

DM : Si tu devais donner un conseil à des écrivains qui sont en train de finir leur premier roman, quel conseil tu donnerais ?

LAB : D’un côté, je recommanderais d’avoir confiance en soi, d’avoir confiance en ce qu’ils ont fait. Je pense qu’une chose est dure à faire, c’est l’équilibre entre critique, d’avoir un sens critique pour se corriger ou améliorer un roman qui n’est pas bon, et en même temps, on ne peut pas être très dur je pense avec soi-même. Il y a aussi le problème d’être tellement critique qu’on arrête d’écrire. Je pense que ça peut être dangereux, les ateliers d’écriture, il y a des maîtres qui peuvent être très durs, dire des choses très dures aux élèves, mais je pense qu’ils ne sont pas conscients qu’ils peuvent être la raison de l’arrêt de l’écriture. L’écriture, c’est un processus, c’est un travail, et la chose la plus difficile c’est autant de développer l’habitude de l’écriture que de développer un sens critique avec ce qu’on écrit sans être en même temps très dur avec soi-même, mais je pense qu’il est plus important de confier ce qu’on écrit, que le plus important c’est toujours l’écriture, sans penser un instant à la publication, la critique, la traduction, et de trouver le principe même de l’écriture, plus que les autres choses plus sociales que ce travail d’écriture, et aussi que c’est aussi important d’écrire que de lire, ce sont deux choses très différentes, mais pour moi c’est aussi important d’avoir un équilibre entre la littérature classique mais aussi la littérature contemporaine, j’aime beaucoup connaitre les écrivains connus, mais la littérature contemporaine aussi.

DM : Merci !

LAB : Merci !

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